Documentaires

« Conference of the Birds », ou comment j’ai réalisé mon premier long-métrage sans m’en rendre compte…

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« Conference of the Birds » est à l’origine un projet musical initié par Fabrizio Cassol. Fabrizio est un compositeur et saxophoniste que je vous encourage très vivement à découvrir, et que j’admire pour ma part depuis une quinzaine d’années autant pour la qualité de sa musique que pour son jeu et sa démarche artistique.

En rassemblant cinq jeunes musiciens talentueux et très ouverts autour de ses compositions inspirées par le chant des oiseaux, Fabrizio a eu envie de les amener à développer le cri et l’animalité dans leur jeu. Il leur a présenté quelques vidéos animalières trouvées sur internet pour observer des comportements instinctifs. Après deux ans de travail musical qui ont porté leurs fruits, Fabrizio m’a proposé de les rejoindre, car il sentait que ce rapport aux images pouvait aller jusqu’au public…

Nous avons imaginé un film qui serait entièrement composé de séquences “pillées” sur le web, dont les articulations entre elles se feraient par associations d’idées. Je me suis inspiré de la démarche des cinéastes soviétiques des années 20, lorsque Dziga Vertov et ses contemporains inventaient les figures de montage qui ont abouti au cinéma moderne.

Une petite explication par notre cher Hitchcock :

Je me suis lancé dans un périlleux et vertigineux travail de recherche qui m’a conduit à télécharger des centaines et des centaines de séquences, instinctivement, avant de commencer à chercher à les mettre en lien, très vite de manière plus viscérale qu’intellectuelle.

Après quelques essais, je projetais des bouts de montage aux musiciens en suggérant qu’ils jouent l’un ou l’autre de leurs morceaux, et ils se laissaient surprendre par le film pour leurs improvisations. Après chaque tentative, nous nous ajustions les uns aux autres, et petit-à-petit, de façon empirique, j’ai proposé un parcours complet auquel les musiciens ont réagi.

Lorsque j’ai manqué de recul, j’ai reçu l’aide salutaire de la monteuse Charline Branger qui en quelques séances m’a aidé à mettre de l’ordre dans mes idées. Je lui en suis très reconnaissant.

Nous avons présenté “Conference of the Birds”, sous la forme d’un ciné-concert, au public de “La Semaine du Son” lors de la soirée d’ouverture du festival dans la salle Flagey de Bruxelles, le 24 février 2014, et l’accueil a été très bon, ce qui nous laisse espérer un développement dans le futur…

Pendant la soirée, je me suis aperçu que ce film expérimental d’1h10 constituait mon premier long-métrage !

Conference of the Birds
Un ciné-concert de Fabrizio Cassol (compositions) et Maxime Pistorio (film)

Emmanuel Baily : guitare
Fabrizio Cassol : saxophones alto et soprano
Bert Cools : guitare et sons électroniques
Rudy Mathey : clarinette et clarinette basse
Antoine Pierre : batterie
Félix Zurstrassen : basse électrique

Son : Jean-François Lejeune

Merci à Marianne Binard, Charline Branger, à la Fondation Royaumont, au KVS et à la Semaine du Son.

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Standards sélectionné au festival de Rotterdam !

…Alors qu’on n’avait pas postulé. Quel succès !

Leur commentaire :

Upbeat documentary about a jazz quintet playing to businessmen. Provides a great look behind the scenes; they stay true to themselves.
A jazz quartet performs at a Belgian banquet for rich businessmen. Behind the scenes, they discuss how they feel about it. The scene in which the host forgets their names is hilarious. Light and enjoyable, voyeuristic documentary with many familiar situations.

On parle de « Standards » sur Cinergie.be

Critique de Anne Feuillère suite au festival “Filmer à tout prix”.

L’arroseur arrosé

Standards semble avoir été tourné par deux amis qui en auraient eu ras le bol de leurs situations d’impuissances dans un climat social plus que tendu, et qui auraient donc fait le choix de retourner le regard. On les comprend aisément au vu de leur court métrage présenté à Filmer à tout prix. Drôle, aux petits accents « Strip Teasien » un peu condescendant, piquant et assez malin pour tenir en quelques minutes des questions fortes, Standards ne se paie pas de trop de mines et va vite à l’essentiel pour toucher avec intensité à la violence des rapports de classes. Mais la caméra est là justement pour s’en libérer. C’est drôle, modeste et salutaire.

Ils sont quelques amis musiciens qui pour manger, on s’imagine, se retrouve à animer des soirées privées où ils jouent des standards, on l’aura compris. Les voilà donc dans un superbe château (on a cru reconnaître une propriété magnifique et décadente, quelque part près de Namur où un tournage nous avait une fois menés. Peu importe, sinon l’isolement et la majesté de l’endroit qui, à  louer donc, pour des tournages ou des soirées privées, dit quelque chose de la « paupérisation » des riches – pour vous faire rire). Les voilà donc à se maquiller, se préparer dans leurs petites loges et s’interroger sur la prostitution. Qu’est-ce que vendre son corps ? Et derrière, évidemment, leur propre question, qu’est-ce que vendre son talent ? C’est que tout là est rapport d’argent et de classe sociale. L’organisateur qui semble avoir commandé leur présence admire les uns, embrasse une autre, et ne sait plus comment les deux autres se nomment. Peu importe, ils sont là pour jouer de la musique contre un peu d’argent, « et ne vous vexez pas si on ne vous écoute pas »… Et la caméra de filmer le brouhaha du dîner, les danses  hystériques de ces bourgeois de plus en plus enivrés, la manière dont ils font peu de cas des serviteurs, en l’occurrence, les musiciens, payer pour les divertir. On peut s’agacer de cette manière de voler à l’autre son image pour le ridiculiser, de mettre toutes ces personnes dans le même panier, de simplifier le rapport de force à quelques traits de grossièreté de l’un ou l’autre – et le maître de cérémonie en est un bel exemple, de grossièreté. Mais là où le film est plus intelligent, c’est qu’il ne se pose pas en maître à penser ou en juge moraliste, mais que, cultivant son ironie autour de la question de se vendre ou pas, il capte à la fois l’humiliation – et en l’occurrence, elle consiste justement à n’être pas regardé, mais à être utilisé -, puis retourne le regard sur ceux qui humilient. Se faisant, Standards permet une distance que le rapport de force écrasait et vient maintenir un écart salutaire à la bonne santé mentale de ses auteurs.  En gros, avec humour et modestie, l’intelligence de Standards est d’assumer le rapport de force, sans en nier la réalité dans une position idéologique ou moraliste, de s’en savoir partie prenante (autour notamment de cette question de la prostitution, autour de ces images filmées du groupe, de la chanteuse et du pianiste où chacun joue son jeu dans ce rapport) mais, par l’acte même de le filmer, de se permettre de n’en être pas dupe, de s’en affranchir et donc de le dépasser.

Anne Feuillère

« Standards » à Filmer à Tout Prix

“Standards” a été projeté au festival “Filmer à tout prix” de Bruxelles, le 15 novembre 2011, dans la sélection “Ecrans parallèles”.

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Leur commentaire :

Le meilleur moyen de cacher une caméra n’est-il pas tout simplement de la montrer au vu et au su de tous ? Au château de La Hulpe, le trio du pianiste de jazz Charles Loos se heurte, en fin de soirée, à l’inculture et à l’indifférence imbibées d’alcool de la jet-set scandinave de Bruxelles et du Brabant wallon. La chanteuse est la coréalisatrice de ce petit « film-piège » dont on se dit qu’il a été orchestré pour enregistrer la trace d’une situation déjà vécue auparavant.

Filmer à tout prix

« Standards » au FIDMarseille 2011

“Standards” a été projeté au FIDMarseille 2011 sur l’écran parallèle “Conversations secrètes” ! http://www.fidmarseille.org/

Leur commentaire :

La reprise, telle que pratiquée dans le jazz pour les standards, d’une partie du scénario de Eyes wide shut de Stanley Kubrick dans une version où la perversion serait la plus courante, celles des musiciens ayant accepté un cachet pour jouer dans une soirée privée. Les artistes préfèrent d’autres situations pour offrir leurs performances, ils savent toutefois que les circonstances imposent certains compromis. Rien d’extraordinaire dans cette soirée huppée si l’on excepte la conscience des interprètes disponibles à un répertoire plus exigeant. 

(Gilles Grand)