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Écrire un scénario, c’est jouer une partie de Scrabble

Les idées, comme les lettres, apparaissent en pagaille, nous cherchons à les ordonner et on voudrait toutes les utiliser. Le K a de la valeur, mais on le gardera de côté pour un autre mot, comme on écarte une bonne idée pour en faire un court-métrage.

On aurait peut-être pu trouver mieux, mais un mot est apparu. Comment l’amener jusqu’au plateau ? À moins d’être le premier, il faut lui trouver des liens avec ce qui existe déjà. Qui peut me présenter qui, pour que mes envois ne restent pas lettre morte ?

Tout le monde aime, on nous flatte, mais il n’y a aucune possibilité de placement. Unique atout, la case centrale, mais la star est déjà occupée. La mort dans l’âme, on s’apprête à mélanger pour recommencer… Eurêka ! En collant les E bout-à-bout, on féminise le mot pour le caser. Ca tombe bien, France2 veut des héroïnes. Metoo fait vendre.

C’est alors que le jeu de lettres devient jeu de chiffres. Le gagnant du Scrabble est le meilleur comptable. On passe du Mac machine à écrire au mac machine à calculer qui prend dix pour cent. Il y a des lettres bien cotées, il y a des cases qui rapportent. Bien placé, le X double la mise ! À ce jeu-là, les mots les plus chers ne sont pas les plus beaux.

Les chiffres ont encore gagné mais la partie était serrée. On prend un bref recul pour observer tout ce qui est sorti et en tirer de vagues conclusions. On mélange les lettres en prononçant des formules magiques, et on glisse à nouveau la main dans le sac avec appétit, désir, curiosité, et toute l’impatience de recommencer.

Toute phrase est une vie

Le sens de la phrase est contenu entre sa majuscule et son point, de même que le sens de la vie apparaît sur le fil tendu entre la naissance et la mort. Le point final dirige la lumière vers les mots qui le précèdent, organisés, figés dans leur forme définitive. On peut relire, interroger, interpréter, mais on ne peut plus modifier. C’est fini.

Le point d’exclamation nous fait sursauter ! C’est l’ultime soubresaut de la crise cardiaque, la mort brutale dans l’accident de voiture ! Le point d’exclamation substitue l’émotion au sens. Il donne l’intonation, produit l’effet, et en la concluant trop tôt il souligne que la phrase est déjà finie. Le kamikaze disparaît sur un point d’exclamation flamboyant, l’impact de sa mort est plus saisissant que le sens de sa vie. Boum !

Le point d’interrogation commence-t-il une boucle ? Il ne la referme pas. La mort résonne chez ceux qui restent, comme l’ambiguïté du suicide, l’écho éternel des cris du disparu, ou la mort muette de l’assassiné. Le point d’interrogation n’est-il pas comme une note suspendue cherchant sa résolution, flottant entre les mondes, tel le cadavre du frère d’Antigone attendant sa sépulture ? Ne fait-il pas monter la note finale, plaintive, comme une requête inassouvie ? N’est-elle pas cruelle, la mort sans apaisement, qui laisse les vivants sans voix ?

Les immortels choisissent les points de suspension… Leur présence au monde est une langueur… une consommation des ressources comme si les ressources étaient infinies… Ils détendent le fil de la vie comme un hamac dans lequel s’allonger en attendant… en attendant quoi ? Les immortels s’abstraient du devoir tétanisant de donner sens à leur vie, en prolongeant l’échéance ad libitum… L’immortalité n’est pas un pied-de-nez à la grande faucheuse, elle est une paire d’oeillères pour ne pas la voir en face… Un déni pour ne pas s’engager… Un « toujours » contenu dans un « jamais »…

Raconter une histoire, c’est jouer avec les ponctuations pour faire voyager le public d’un sentiment à l’autre, d’une idée à l’autre. Lui posera-t-on une question dramatique ? Construira-t-on un suspense pour soutenir son attention ? Quand soudain ! Un coup de théâtre bien senti ! Pour le déboussoler et mieux le rattraper au vol… jusqu’au prochain épisode… Écrire une série sur l’immortalité, pour moi, c’est chercher du sens dans une histoire sans fin… et me demander si trois points de suspension valent trois points finaux ?

Mundial Jazz Club

Jeudi 28 juin 2018, en pleine coupe du monde, nous avons projeté le match Belgique-Angleterre en live, mais sans le son des commentaires. À la place, 7 musiciens ont accompagné le match comme si c’était un film muet. Deux trios représentent chacun une équipe, et la contrebasse, au milieu, représente le ballon. Les trios ne jouent que lorsque leur équipe a le ballon.

Concept et mise en scène : Maxime Pistorio

Jean-Paul Estiévenart : trompette
Greg Houben : trompette
Jérôme Van Den Bril : guitare
Alex Koo : piano
Antoine Pierre : batterie
Frédéric Malempré : percussions
Victor Foulon : contrebasse

Du petit-déjeuner ordinaire ☕️ 🥐

À Bruxelles, si vous demandez « un café », le serveur vous donnera ce que l’on appelle à Paris « un allongé ». Si vous désirez un expresso – celui que les parisiens entendent par « café » – il faudra demander « un petit café », en accompagnant la commande d’un écart du pouce et de l’index, comme pour signifier « un zizi petit comme ça ». À Bruxelles l’ordinaire est allongé, à Paris l’ordinaire est petit. Cela se répercute sur la taille des appartements.

Plus complexe dans ce panorama des mentalités, le cas du croissant. À Bruxelles, il n’existe pas de croissant générique. On l’apprécie « au sucre », « aux amandes », « à la crème », voire « jambon-fromage ». À Paris, « un croissant » désigne un croissant au beurre, cela ne prête à aucun commentaire. Si vous désirez la viennoiserie sans beurre, il faudra demander « un croissant ordinaire », car à Paris, l’ordinaire est l’exception.

À Paris on l’appelle le petit-déjeuner, à Bruxelles on l’appelle le déjeuner. Dans les deux cas, on demande « un café et un croissant ». L’ordinaire du voyageur n’a rien à voir avec la banalité.

Paris, 22 mars 2018

Clip : Blankenberge

Nouveau clip : « Blankenberge », sur une chanson de Mathias Bressan

Nous avons fouillé nos greniers, glané les brocantes et fouiné les sites d’enchères en ligne. Xavier Pique (Atelier Anthracite) a nettoyé, réparé et numérisé des heures de films super 8. Je les ai montés, en faisant dialoguer entre eux des bouts de pellicule qui ne se seraient jamais rencontrés autrement

Le nez rouge de Pierre Etaix

Le clown, cinéaste, acteur et dessinateur Pierre Etaix est mort ce matin.

J’ai rencontré Pierre Etaix en 2013. Je lui avais envoyé par la poste mon court-métrage « La chambre noire », dont un plan lui était dédié. Deux jours après, je recevais en retour une magnifique lettre de sa part, clamant sa surprise et son enthousiasme, et m’offrant les encouragements les plus vibrants.

À son invitation, je suis allé lui rendre visite à Paris, rue Germain Pilon, à deux immeubles de l’appartement où vivaient mes parents lorsque je suis né. Notre rencontre a duré sept heures, et je l’ai quitté avec trois excellents whiskys écossais dans le pif, car il fallait bien ressortir de là avec un nez rouge.

(…lire la suite ci-dessous…)

French clown, comedian and filmmaker Pierre Etaix poses in his home on November 6, 2015, in Paris. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY / AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

PHOTO / BERTRAND GUAY

Clip – You make me feel so good

Un clip réalisé sans moyens et dans l’urgence, pour la chanteuse Chrystel Wautier.

Pour moi, l’enjeu était de trouver un ton juste entre le clip et la chanson. Je me suis alors essayé à la comédie romantique.

Avec : Chrystel Wautier et Benoît Pauwels
Scénario et réalisation: Max Pistorio
Image: Sylvain Freyens
Assistants: Cédric Raymond et Pauline Leblond
Maquillage: Marguerite NoteletMerci à: Benjamin Wautier, Agathe Détrieux, Florent Freyens, Geraldo Haag, Julie Jaroszewski, Olivier Tordeur, Charlotte Raymond, Carole Nagant, Pauline Leblond ….